07 août 2014

Israël 1947-1949. Partition de l'Inde et de la Palestine, un parallèle saisissant (I)


Cette série d'articles propose une rétrospective historique du contexte de l'indépendance israélienne entre 1947 et 1949 . Deborah
             SUR LE CHEMIN DE LA LIBERTE         
ISRAEL 1947-1949
                                                                 
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I Partition de l’Inde, partition de la Palestine : un parallèle saisissant

Nehru et Jinnah
L’abandon progressif par les Britanniques de leur Empire a conduit après la Seconde Guerre mondiale à la mise en oeuvre de partitions politiques au sein de leurs anciennes colonies.
Du British Raj sont nées artificiellement le 15 août 1947 deux entités politiques, l’une dirigée par la Ligue musulmane de M. Jinnah au Pakistan et au futur Bangladesh, l’autre sous l’égide des membres du Parti du Congrès, artisans de l’indépendance de l’Union Indienne.

La partition de l’Inde a eu deux principales conséquences :

- d’une part, le déplacement sanglant de plus de 20 millions d’habitants, et faisant plusieurs millions de victimes, hindous, chrétiens et sikhs fuyant majoritairement les régions attribuées à la Ligue musulmane, tandis qu’une partie des musulmans rejoignait le futur Pakistan, le reste formant une importante minorité en Inde ;
- d’autre part, l’émergence de la question du Kashmir, région de montagne à majorité musulmane, à forte minorité hindoue, et rattachée à l’Inde.

Violences religieuses lors de la partition
L’assaut contre le Kashmir par l’armée pakistanaise dès octobre 1947 – sous direction britannique – s’est soldée par l’établissement d’une ligne de front permanente depuis le cessez-le-feu de janvier 1949, objet de plusieurs tentatives infructueuses de conquête pakistanaise, et suscitant un terrorisme sanglant depuis près deux décennies.
Le parallèle avec la gestion de la fin du Mandat britannique en Palestine est saisissant.
Cela concerne le déplacement des populations juives et arabes, le soutien britannique à la partition musulmane, et, sur une échelle plus large, sur le maintien d’une zone de conflit violent plus de 60 ans après les événements fondateurs, ainsi que l’émergence d’un terrorisme islamique visant les institutions démocratiques indiennes et israéliennes.

Affiche du Lashkar e-Taiba,
On remarquera également que les victoires indiennes contre le Pakistan (1965, 1971, 1999) tout comme les victoires israéliennes n’ont pas conduit à l’anéantissement de l’adversaire, mais à l’obtention temporaire d’une diminution de la menace à leur encontre.
Plus encore, les nationalismes arabes palestiniens et pakistanais se sont en grande partie forgés et subsistent en tant qu’idéologies de combat avec l’unique objectif de destruction de l’adversaire.

Si la partition de l’Inde laisse toujours aux prises deux puissances militaires disposant d’une profondeur stratégique et plus de 1,5 milliards d’habitants – auxquels on pourrait ajouter la Chine qui a annexé une partie du Kashmir lors de l’établissement d’une route stratégique reliant le Tibet au Turkestan –, c’est en revanche un conflit mineur au plan mondial, regroupant moins de 20 millions d’habitants, qui fait l’objet de toute l’attention médiatique.
                     
   Israël en ligne de mire du nationalisme arabo-musulman

La centralité artificielle de ce conflit dont les enjeux dépassent ainsi largement sa portée politique réelle, mérite ainsi une plus grande prudence.
Si l’Etat d’Israël fait l’objet de critiques sans cesse plus virulentes, si l’apologie de la politique arabe de purification ethnico-religieuse semble trouver dans l’espace médiatique une diffusion toujours plus grande, c’est en grande partie sur la base d’un imaginaire politico-médiatique fondé sur la mise en question du droit du peuple juif à disposer de lui-même en tant que peuple. 

Ce qui implique de reprendre le fil de l’histoire des années 1947-1949, au moment de l’accession du peuple juif à l’indépendance.
29 Novembre 1947
Singulièrement, la souveraineté politique juive en Israël a été favorisée par l’intransigeance arabe à reconnaître le droit du peuple juif à refuser la sujétion archaïque et religieuse, ainsi que par la déroute des forces arabes chargées d’anéantir le foyer irrédentiste juif.
Là où la Légion arabe de Transjordanie est restée maître du terrain, l’expulsion de toutes les populations juives a pu y être menée conformément aux objectifs de la Ligue arabe. 

Dans un Proche-Orient aux frontières façonnées par les chancelleries occidentales depuis la fin de la Première Guerre mondiale, il faut remonter bien auparavant pour comprendre les enjeux de l’ingérence russe et occidentale, ainsi que la résurgence de la thématique de l’unité arabo-musulmane, dont le ressentiment lié aux échecs répétés s’est concentré sur l’indépendance d’un petit Etat juif.

Sans doute doit-on voir aussi dans l’acharnement actuel contre l’Etat d’Israel la résurgence d’un sentiment de culpabilité européenne, ancienne puissance coloniale du monde musulman, cherchant à peu de frais à détourner l’esprit de revanche nationaliste arabe à l’encontre de ce petit pays, né pourtant des mouvements d’émancipation et de décolonisation du XXe siècle.

Le bateau Jewish State arraisonné par les britanniques Haïfa 1947
Périlleux carrefour des voies commerciales menant à l’Extrême-Orient, le monde arabo-musulman s’était trouvé progressivement marginalisé à partir de la Renaissance, avant que le pétrole ne redonne aux trois détroits (Bosphore, Ormuz, Bab el Mandab) une importance stratégique.
À ce titre, la polarisation politique autour de la question d’Israël appartiendrait alors à un échange de coups stratégiques dans un grand jeu entre puissances émergentes et puissances occidentales.
En quête d’un nouvel âge d’or, où il représentait le modèle dominant souverain sur une partie du monde, le monde arabo-musulman a fait de la confrontation avec l’indépendance juive,  le cœur de sa confrontation avec le modèle occidental et s’est soldé jusqu’à présent par l’expulsion quasi complète des Juifs en terre d’islam, et celle, irrémédiable et silencieuse, des Chrétiens d’Orient.

Le modèle singulier qu’Israël, seul pays à majorité non-musulmane du Proche-Orient, oppose au népotisme des élites arabes, ravive alors de façon plus aiguë encore la difficulté du monde musulman à percevoir sa restauration politique hors du champ d’un conflit de cultures.
L’intrication des facteurs politiques, culturels, stratégiques et sociaux forme un puissant concentrateur émotionnel, où les années 1947-1949 forment un tournant généralement déformé par le prisme des idéologies, invitées sournoises dans le jeu des alliances et des compromissions. 

Un nouveau regard sur l’indépendance juive 

En quoi la restauration culturelle et politique du peuple juif serait-elle une menace pour la paix à l’échelle mondiale ? Inversement, ceux qui cherchent au prix de la haine à dénier le droit à un peuple à sa libre expression, ne seraient-ils pas ainsi les véritables promoteurs d’une conflictualité politico-religieuse dont Israel serait la première cible ?
À cet égard, il nous semble plus décisif aujourd’hui de rappeler que la naissance de l’Etat d’Israel s’inscrit dans l’ensemble des mouvements d’émancipation politique de l’époque moderne, et qu’en aucun cas il ne pourrait s’agir d’une éventuelle « compensation » après l’Holocauste dont on se demanderait comment elle pourrait donner naissance à une nation.

Indépendance mai 1948
L’indépendance de l’Etat d’Israel en 1948 consacre ainsi l’aboutissement dans le monde juif d’un risorgimento culturel et politique vieux de plus d’un siècle et demi. Néanmoins, l’idéologie dominante tente d’imposer la vision d’une indépendance entachée d’une faute originelle supposée, celle de l’expulsion des arabes de Palestine. 

Aux mots qui trompent et mentent, que nous révèlent les archives et les images ?
Quel regard contemporain porter de l’intérieur à des événements généralement connus par le biais de réductions et d’idées toute faites ? Qui étaient ceux qui ont mené le peuple juif à la liberté ? Qui étaient les leaders arabes ? À quoi ressemblait la société multiculturelle juive des années de l’indépendance ?

Nous vous proposons une série d’article donnant à voir de très nombreuses images d’archives donnant à l’histoire l’épaisseur et l’authenticité qui lui manque souvent cruellement. Et sans chercher à faire une nouvelle histoire, puisque l’Histoire était déjà présente dans l’objectif des photographes.
 Sacha Bergheim


A suivre…