21 juin 2014

Shabbat : la révolution..




                                                       La loi du Toujours Présent est parfaite: elle restaure l'âme
Samedi 20 juin 2014-22 Sivan 5774


                             Avons-nous conscience que Shabbat est une révolution ?
 

Si vous avez retenu de Chabbath (ou Shabbat) que c'est d'abord une liste d'interdictions, venez en passer un dans notre oasis, vous vous rapprocherez ainsi de Moïse lui-même et des prophètes bibliques.

Avec un cœur nouveau et un esprit nouveau, faisons la volonté divine pour une bonne raison : D.ieu nous aime, célébrons le Shabbat par amour pour Lui.

Au seuil du Pays promis, Moïse nous dit que ce n'est pas avec nos pères que le D.ieu Toujours Présent(1) a contracté alliance. « C'est avec nous-mêmes, nous qui sommes ici, aujourd'hui, tous vivants. Deut 5 : 3. A la suite de cela le Décalogue nous est rappelé :

Trois commandements, les 6ème, 7ème et 8ème, ne comportent en hébreu que deux mots :

לֹא תִּרְצָח                            Tu n'assassineras pas

לֹא תִּנְאָף                 Tu ne commettras pas d'adultère

לֹא תִּגְנֹב                                   Tu ne voleras pas



Le plus long est le 4ème : Garde le jour de Shabbat (le jour du repos) pour le sanctifier, comme te l'a ordonné ton D.ieu Toujours Présent. Six jours tu travailleras, tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est un Sabbat pour ton D.ieu Toujours Présent.
Tu n'y feras aucun ouvrage, ni toi (2), ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l'étranger qui est dans tes portes ;car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi.
Ainsi tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que ton D.ieu Toujours Présent, t'en a fait sortir d'une main puissante et d'un bras étendu. C'est pourquoi ton D.ieu Toujours Présent, t'a ordonné de garder le jour du Sabbat .Deut 5 : 12-15
Pourquoi ce 4ème commandement est-il le plus détaillé ? Pourquoi vient-il avant l'interdiction de l'assassinat, de l'adultère et du vol ?

Pourquoi tant insister sur Chabbat  ?

Shabbat est le 7ème jour pour le Créateur. Mais il est le premier pour Adam et Eve. D.ieu ne nous a pas créés pour nous envoyer au travail tout de suite. Il nous a d'abord invités chez Lui. Avant notre départ pour le travail, Il nous propose un câlin sur Ses genoux. La Tora est l'inverse d'une religion du travail et du mérite. Cette invitation est vraiment pour nous, « nous qui sommes ici, aujourd'hui, tous vivants » comme dit Moïse. Revenez, dit D.ieu, revenez.

Comment s'y prend-Il ? En fixant notre rendez-vous, le repère principal du calendrier, à chaque septième jour, Il passe par dessus la nature, le soleil pour le jour et l'année, et la lune (3) pour le mois. Il veut que nous reconnaissions que Lui est D.ieu, au dessus de tout. Mettons de côté nos habitudes.

לקדש (léQaDèCH) « sanctifier » le Shabbat, c'est le mettre à part. Cesser tout travail à l’approche de la nuit de vendredi soir, pas seulement pour une soirée mais pour un jour entier, c’est témoigner qu'Il a créé l’univers en partant de rien, que Son Esprit domine la matière, qu’Il est le Maître de notre force de travail et de notre vie.

La קדושה (QéDouCHa), la sanctification de Chabbath qu'Il attend de nous consiste à nous écarter en ce jour des contingences matérielles, à réduire toutes nos activités extérieures.

Il n'a pas créé l'homme, mais le couple humain. Si nous sommes mariés, Il nous demande de nous consacrer à nos קדושים (QiDouCHim') notre mariage (4) et notre famille. Chabbath, ce sont des moments pour se ressourcer ensemble, prendre du recul sur les six jours passés, et aussi de la hauteur sur les six jours à venir.

Si tu vis seul(e) (ce qui est mieux que d'être mal accompagné), Chabbath est une bénédiction particulière pour toi Qu'il ne dise pas, l'eunuque, ''hélas, je ne suis qu'un arbre desséché'' car ainsi s'exprime le Toujours Présent : aux eunuques qui gardent Mes Sabbats, qui se complaisent à ce que J'aime, qui s'attachent à Mon alliance, à eux, J'accorderai dans Ma maison et dans Mes murs un monument et un titre (5) qui vaudra mieux que des fils et des filles, un nom éternel qui ne périra pas. Isaïe 56 : 3-5

Tu as besoin de cette bénédiction particulière, car faire la fête seul(e), c'est vrai, ce n'est pas évident. Ton D.ieu a préparé pour toi une joie spéciale pour ce jour. Il t'envoie d'IsraEl par ces lignes la certitude noble que tu es capable de sanctifier Shabbat comme il faut, comme en IsraEl.

Prépare ta maison, prépare toi, habille toi joliment, mijote un repas d'exception, sors du vin, une jolie nappe, des fleurs, des chandelles. (Même un homme seul peut le faire) Si tu peux inviter quelqu'un qui a le même esprit pour Shabbat, tant mieux. Sinon reste seul(e) avec ton D.ieu dans la joie. Chante les Psaumes, danse, sens-toi libre, tu as un invité invisible.

D.ieu connaît nos objections : « J'ai un travail urgent à finir, j'ai besoin d'argent ». Il y répond : « Ton D.ieu te bénira dans tout ce que tu entreprendras Deut 14 : 29. As-tu confiance en Lui ?

Dans Exode 31 : 15, Il ne dit pas : « pendant six jours tu travailleras... », mais  pendant six jours יֵעָשֶׂה מְלָאכָה le travail sera fait . La phrase est au passif. Ce n'est pas que le travail se fasse tout seul, mais tu travailles bien mieux l'esprit détendu : travailler est une occupation, mais ne doit pas devenir une PREoccupation, ce serait une idole.

D.ieu va très loin pour nous convaincre lorsqu'Il conclut le 4ème commandement en Ex 20 : 11: « וַיָּנַח (vayana'h) Il s'est reposé le septième jour.  D.ieu n'a évidemment nul besoin de se reposer. Rachi nous dit pourquoi ce langage humain est utilisé ici, dans le contexte de la législation révélée : parce que l'imitation du maître est le meilleur mode d'apprentissage.

Nous verrons plus loin que quand Genèse 2 : 2 parle du début de la création (et pas encore de la relation de D.ieu à l'homme), il n'est pas écrit « D.ieu s'est reposé », mais simplement « Il cessa. »

Faire profiter de Shabbat les esclaves (6) a été une révolution sociale. Et Chabbath n'est encore que la base du "Système Sept" de la Tora. Chaque 7ème année, D.ieu ordonne d'annuler les dettes et de ne pas travailler la terre, dont les fruits sont ainsi mis à la disposition des pauvres. Après sept fois sept ans, au Jubilé, les esclaves sont libérés et chaque ferme revient à la famille qui l'a reçue lors du partage de Josué. (Et nous languissons après le prochain Jubilé des six millénaires...)

Le commandement de Shabbat et de l'année sabbatique est si important que son viol a pour sanction l'exil : Nabuchodonozor exila à Babylone le reste [échappé] à l’épée ; ils furent ses esclaves à lui et à ses fils, jusqu’à l'avènement du roi de Perse ; ainsi se réalisa la parole du Toujours Présent, annoncée par Jérémie : Le pays fera Shabbat pendant soixante-dix ans pour compenser les années sabbatiques qui n'ont pas été observées 2 Chron 36 : 20-21. Moïse nous avait prévenus : La terre sera abandonnée d’eux, et elle voudra ses Shabbats, pendant qu'elle restera dévastée loin d'eux; et ils paieront la dette de leurs iniquités, parce qu'ils ont méprisé mes ordonnances et que leur âme a eu mes statuts en horreur.Lév 26 : 43

La Bible est, paraît-il, le livre le plus diffusé au monde. Le dessin des Tables de l'Alliance a été copié par la révolution française et sa déclaration des droits de l'homme. Mais son calendrier ne donnait aux ouvriers qu'un jour de repos sur dix.
La chrétienté et l'islam ont adopté la semaine, mais l'ont décalée l'une vers dimanche, l'autre vers vendredi. Le Sabbat reste donc, comme le dit le Toujours Présent dans le Livre de l'Exode « un signe entre Moi et les enfants d'IsraEl ».

Le mot Chabbat est expliqué:

dans Genèse 2 : 2 : « וַיִּשְׁבֹּת (Vayichbot) Il cessa au septième jour tout son ouvrage qu'Il fit, car en lui שָׁבַת (chavat) Il cessa... »
Les trois lettres שבת signalées en gras sont la racine du verbe "cesser" et du nom "Chabbath". On trouve le même verbe quand D.ieu annonce à Noé en Genèse 8 : 22 :  Tant que dureront tous les jours de la terre, semis et moisson, froid et chaleur, été et hiver, jour et nuit לֹא יִשְׁבֹּתוּ (lo yichbotou) ne cesseront plus jamais .
שַׁבָּ Chabbath veut dire "cessation". « En six jours, le Toujours Présent a fait les cieux et la terre, et au septième jour שָׁבַת וַיִּנָּפַשׁ (chavat vayi-nafach) Il a cessé et s'est retiré en Lui-Même. Ex 31 : 13

Le verbe וַיִּנָּפַשׁ (vayi-nafach) employé ici signifie que D.ieu a opéré Sa propre contraction (צימצום tsimtsoum), qu'Il s'est retiré en Lui-Même נֶפֶשׁ (néfèch, "âme") Suprême.

Il cherche à être aimé de nous, et nous a créés libres d'aimer, libres comme Lui, à Son image. C'est pour cela qu'Il s'est retiré et a voulu nous faire de la place.

« en lui [Chabbath] Il cessa tout l'ouvrage

אֲשֶׁר בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת

que créa Elohim pour faire. "

« D.ieu a créé pour faire » (Ge 2 : 2- les traducteurs refusent cette phrase bizarre), cela veut dire que depuis que D.ieu est entré dans Son Shabbat, c'est à nous de continuer. En un sens, si le Créateur "se repose", c'est sur l'homme.

Nous avons notre responsabilité dans le parachèvement de l'entreprise commencée par Lui durant Ses six jours. Cette responsabilité découle de la liberté et de l'espace qu'Il nous donne. Avec la proclamation du septième jour commence l'histoire humaine. Les générations vont alors se succéder, Adam et Ève, Caïn et Abel, Noé et le déluge, la Tour de Babel, les patriarches ; et Shabbat n'est plus mentionné. Il faudra attendre la sortie d'Égypte, pour redécouvrir Shabbat, comme l'une des premières lois données à la nation d'Israël.

Le Chabbath est liée dans l'histoire d'Israël avec la nourriture : la manne. En sortant d'Égypte, nous avons été pris en charge économiquement par D.ieu, qui a fourni eau, pain et protection. Nous voici dans une sorte de bulle de bénédiction qui rappelle le jardin d'Éden. Là aussi Adam et Ève n'avaient pas à se soucier de leur besoins premiers, puisque le monde fonctionnait en libre service. Nous avons dû apprendre dans le désert à faire tout notre travail (sortir du camp, ramasser la manne puis la faire cuire), mais seulement durant six jours. Le sixième jour seulement (vendredi), la ration de pain céleste est double : une pour le jour même et l'autre pour Chabbath. Ainsi Dieu envoie sa bénédiction au rythme du septième jour.

 Les enfants d'Israël virent et ils se dirent l'un à l'autre, "qu'est-ce que c'est ?" car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : c'est le pain que le Toujours Présent vous a donné en nourriture.

Le mot מן "manne" ne désigne pas seulement un objet, c'est surtout une question. Rachbam, petit fils de Rachi, indique qu'il signifie "quoi" en égyptien (en hébreu מה "ma"). La nourriture renvoie donc au questionnement.

Chabbath est le jour privilégié où l'homme, détaché de l'obligation de produire a le temps de se poser des questions et aussi de faire "réponse" et "retour". En hébreu, ces deux mots n'en sont qu'un : תשובה (téchouva) de la racine שוב (chouv) "revenir" ce qui veut dire aussi "retour vers D.ieu", et "repentance". À la fin des temps, au retour de l'exil, : « וְשַׁבְתָּ (véchavta) Tu reviendras jusqu'à ton D.ieu Toujours Présent Deut 2 : 30. Or ושבת (véchavta) peut aussi se lire (l'hébreu s'écrivant sans voyelles) véChabbath : "et Chabbath".

Comment vivre Chabbat selon la Tora ?

 Considérez que le Toujours Présent vous a donné Chabbath. C'est pourquoi Il vous donne, au sixième jour, la provision de deux jours. Que chacun demeure où il est, que nul ne sorte de son habitation le septième jour.  Ex 16 : 29
 Ce que vous avez à cuire, cuisez-le, à faire bouillir, faites-le bouillir aujourd'hui et toute la provision restante, gardez-la en réserve pour demain.  Ex 16 : 23
Six jours tu travailleras et le septième jour tu cesseras (7)Tu interrompras labourage et moisson. Ex 34 : 21. Ceci est transposable aux autres métiers.

Mais au Sinaï, Moïse n'a pas reçu seulement les Tables de l'Alliance. D.ieu lui a demandé aussi de faire construire le "Michkan", sanctuaire mobile (8) ainsi que de faire fabriquer les objets du culte : Exode 25 à 31 :11(9).

À la fin de la description du sanctuaire à construire, on remarque un mot au verset 13 « ...cependant mes Chabbaths vous garderez, car c'est un signe entre moi et vous pour vos générations, afin de savoir que Je suis le Toujours Présent qui vous sanctifie. Ex 31/12-18 (10) Le mot "cependant" indique clairement qu'on suspendra la construction à Chabbath. 

C'est à partir de ce mot "cependant" qu'on a recensé 39 travaux nécessaires à la construction de ce Sanctuaire, travaux interdits à Chabbath. À partir de ces 39 travaux ont été développés des travaux dérivés, puis se sont ajoutées des "haies de protection" destinées à éviter la transgression. Il ne faut pas, en effet, prendre les préceptes divins à la légère. D.ieu est Saint et veut que nous soyons saints. Mieux vaut donc faire plus d’efforts de fidélité que pas assez.
Or les Sages n’ont pas choisi fortuitement l’image de la haie. Notre maison est entourée de haies que nous taillons régulièrement, de peur qu'elles ne nous cachent le ciel. Nous devons éviter le risque de perdre le cap de l'intention divine et de nous enliser dans la sclérose.

Le Rav Léon Achkénazi, surnommé Manitou, disait ainsi qu’il ne fallait pas que "la cacherouth (les lois alimentaires juives) vous cache la route".

« La parole de HaChém’ n’a été pour eux que

צַו לָצָו צַו לָצָו קַו לָקָו קַו לָקָו

tsav latsav tsav latsav qav laqav qav laqav

ordre sur ordre, ordre sur ordre, ligne sur ligne, ligne sur ligne ; une vétille par-ci, une vétille par-là, de sorte qu’en marchant, ils trébuchent en arrière et se brisent, s’engagent dans le piège et s’y embarrassent. Isaïe 28 : 13

A Shabbat, D.ieu nous demande simplement de cuire nos repas avant Shabbat et de nous abstenir de tout gagne-pain afin de faire la Fête avec Lui.
Quelle est la fonction du Michkan' ? « Ils me feront un Sanctuaire et Je résiderai.... » Aujourd'hui encore, beaucoup sont tentés de lire comme suite "je résiderai dedans".
Sa fonction la plus évidente est de célébrer l'unité du peuple devant D.ieu. C'est la dimension extérieure, spatiale du Sanctuaire. 

Mais D.ieu ne continue pas Sa phrase ainsi en disant "je résiderai dedans". Il dit "Ils me feront un Sanctuaire et je résiderai בְּתוֹכָם en eux" (3ème personne du pluriel, Ex 25 :8).

Il nous est plus difficile de laisser D.ieu résider en nous, qu'à D.ieu d'avoir fait descendre Sa gloire à la dédicace du "Michkan' et du Temple de Salomon, au point qu'au début, personne ne pouvait y entrer.
Nous avons déjà connu trois échecs, d'abord au temps des Juges quand les Philistins ont emporté l'arche, ensuite quand le Temple de Salomon a été détruit par Babylone, et encore au temps des Romains, quand les factions juives se déchiraient dans la haine gratuite.

L'exigence divine de soumettre les travaux du 'Michkan' au rythme de Chabbath nous démontre clairement que D.ieu veut en priorité résider dans notre cœur. C'est plus urgent que dans le plus beau des sanctuaires.

Le Shabbat est le Sanctuaire de D.ieu en nous, dans la dimension du temps. Le temps nous est intérieur, c'est la dimension de notre être.

Le Temple à venir, nous étant extérieur dans la dimension de l'espace, ne sera rebâti à Yérouchalaïm que quand le D.ieu qui est en quête de nous (parce qu'Il nous aime) résidera en nous. C'est Son projet de "culte en esprit et en vérité" déclaré depuis le Sinaï. 
La circoncision ordonnée dès Abraham doit nécessairement être, non pas remplacée (hérésie connue), mais confirmée par la circoncision du cœur enseignée par Moïse : Ton Dieu Toujours Présent circoncira ton cœur et celui de ta postérité, pour que tu aimes ton Dieu Toujours Présent de tout ton cœur et de toute ton âme, et assures ton existence. Deut 30 : 6, voir aussi Deut 10 : 16

De même, Jérémie 31/33 annonce la réitération de l'Alliance du Sinaï avec IsraEl et Yéhouda pour inscrire la Tora dans nos cœurs. Car voici l'alliance que je traiterai avec la maison d'Israël, après ces jours-là, dit l'Eternel : Je mettrai ma loi au-dedans d'eux et je l'écrirai sur leur coeur, et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Offrons, non pas la mort d'un autre, mais notre propre vie pour y réaliser la volonté divine et Il « pardonnera nos fautes et en effacera jusqu'au souvenir. Jer 31 : 34
C'est aussi l'enseignement d'Ézéchiel : Je leur donnerai un seul cœur et Je mettrai en vous un esprit nouveau ; J'ôterai le cœur de pierre de leur corps et Je leur donnerai un cœur de chair, afin qu'ils suivent Mes lois, qu'ils observent Mes prescriptions et les accomplissent. Ils seront pour Moi un peuple et Je serai pour eux un D.ieu. Ez 11 : 19-20

La révélation du D.ieu d'IsraEl, la Tora est simple et ne se réduit pas à un code de règlements. Il n'y est question que d'amour et de délices.

 Si tu cesses de fouler aux pieds le Sabbat, de vaquer à tes affaires en ce jour qui m'est consacré, si tu considères le Sabbat comme un délice, la sainte journée du Toujours Présent comme digne de respect, si tu le tiens en honneur en t'abstenant de suivre tes voies ordinaires, de t'occuper de tes intérêts et de prononcer des paroles vaines, alors tu trouveras tes délices dans le Toujours Présent, Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre et Je te nourrirai de l'héritage de ton père Jacob... C'est la bouche du Toujours Présent qui le dit. Isaïe 58 : 13-14

Et cette révélation va s'étendre au-delà de ce qu'il est permis d'imaginer :

Ainsi a dit l'Eternel : Observez le droit, et faites ce qui est juste ; car mon salut est près d'arriver et ma justice de se manifester.  Heureux l'homme qui fera cela et le fils de l'homme qui s'y attachera, gardant le sabbat pour ne le point profaner, et gardant sa main de faire aucun mal !

.Que l'enfant d'étranger qui s'est rallié au Toujours Présent ne dise pas : "Certes, le Toujours Présent m'exclura de son peuple !
... les enfants d'étrangers qui rejoignent le D.ieu Toujours Présent, se vouant à son culte, aimant son nom et devenant pour lui des serviteurs, tous ceux qui observent le Sabbat et ne le profanent pas, qui persévèrent dans Mon alliance, Je les amènerai sur ma sainte montagne... car Ma maison sera dénommée Maison des prières pour toutes les nations."
Parole du Souverain, du Toujours Présent, qui rassemble les dispersés d'IsraEl: "II en est d'autres que Je recueillerai en même temps que seront recueillis les siens.Isaïe 56 : 1-8 (11)

Chabbath est tout simplement  l'image de notre avenir commun, lorsque le D.ieu d'IsraEl viendra à Yérouchalaïm délivrer le monde du mal et y établir Son règne.

Ce Chabbath des millénaires se prépare aujourd'hui, au sixième jour (quand nous mijotons de bonnes actions) : Qui s'est donné de la peine la veille de Chabbath aura de quoi manger à Chabbath. » (Talmud Avoda Zara 3 a)

 Constamment, de nouvelle lune en nouvelle lune, et de Shabbat en Shabbat, toute chair viendra se prosterner devant moi, dit le Toujours Présent. Isaïe 66:23

Chabbat  Chalom !
 (Source :  elisrael.org)

Notes

1. השם 'HaChem" signifie "Le Nom", au-dessus de tout nom. Nous ne prononçons pas le Tétragramme YHVH. Ce Nom en quatre lettres est la 3ème personne du singulier de l'aspect inaccompli de la conjugaison du verbe "être présent". הוה (HoVéH) est le nom hébreu du temps présent en conjugaison. La traduction "Le Toujours Présent" rend mieux compte du dynamisme de l'Intervenant Divin que le titre "l'Éternel" à la connotation figée et glaciale..

2. "Ta femme" n'est pas mentionnée, car D.ieu s'adresse autant à l'un qu'à l'autre. Vous ne faîtes qu'un. 
3.Voir dans nos brochures « Apprends-nous à compter nos jours » la comparaison des trois calendriers, le biblique, le chrétien et le mahométan, et leurs arrière-plans idéologiques.

4.  קדושים (QiDouCHim') "sanctifications" = mariage juif

5.  יד ושם (yad va-Chem), littéralement "une main et un nom"

6.  La Tora n'a pas aboli l'esclavage, mais l'a vidé de sa substance. L'esclavage n'a été aboli aux Etats-Unis qu'après la guerre de sécession (1865). Il est encore pratiqué dans plusieurs pays mahométans.

7. En cas de risque pour la santé ou la vie d'une personne, nous avons, non pas le droit, mais le devoir de repousser les commandements de Chabbath. Car « וָחַי בָּהֶם (vé'haï bahem) vous vivrez par eux » (Lévitique 18 : 5), c'est-à-dire que vous ne mourrez pas à cause d'eux.

8. משכן "Michkan" vient de la racine שכנ = résider. Ce sanctuaire mobile est aussi nommé « Tabernacle ».

9. Simultanément, le peuple en bas du Sinaï adorait le veau d'or. D.ieu préparait avec Moïse au sommet du Sinaï le "remède" (le culte du Michkan) à la "maladie" (le veau d'or). 

10. Exode 31 :12-18 Pour toi, parle ainsi aux fils d'Israël : Seulement, observez mes sabbats ; car c'est là un signe entre moi et vous de génération en génération pour que vous sachiez que c'est moi, l'Eternel, qui vous sanctifie. Vous observerez le sabbat, car c'est une chose sainte pour vous. Celui qui le violera doit être mis à mort ; car quiconque fera un travail dans ce jour-là, cette personne-là sera retranchée du milieu des siens. On doit travailler six jours, et le septième jour sera un jour de complet repos, consacré à l'Eternel. Quiconque fera un travail le jour du repos sera mis à mort.  Les fils d'Israël observeront le sabbat en le célébrant de génération en génération comme une alliance perpétuelle.  Entre moi et les fils d'Israël, c'est un signe à perpétuité ; car en six jours l'Eternel a fait les cieux et la terre, et le septième jour il a cessé et s'est reposé.

11. Esaie 56/1 à 8 : Ainsi a dit l'Eternel : Observez le droit, et faites ce qui est juste ; car mon salut est près d'arriver et ma justice de se manifester.  Heureux l'homme qui fera cela et le fils de l'homme qui s'y attachera, gardant le sabbat pour ne le point profaner, et gardant sa main de faire aucun mal !

 Que le fils de l'étranger qui s'est attaché à l'Eternel ne dise pas : L'Eternel m'exclura de son peuple ! Et que l'eunuque ne dise pas : Voilà, je suis un arbre sec !  Car voici ce que l'Eternel dit aux eunuques : Ceux qui garderont mes sabbats et qui aimeront ce qui m'est agréable, et qui s'attacheront à mon alliance,  je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un monument et un nom qui vaudra mieux que des fils et des filles : je leur donnerai un nom éternel, qui ne sera point retranché.  Et les fils de l'étranger, qui se sont attachés à l'Eternel pour le servir et pour aimer le nom de l'Eternel, afin d'être ses serviteurs, qui gardent le sabbat, pour ne le point profaner, et qui s'attachent à mon alliance,  je les ferai venir à ma montagne sainte, et je les réjouirai dans la maison où l'on me prie ; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel ; car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples,  dit le Seigneur, l'Eternel, qui rassemble les bannis d'Israël : j'en recueillerai encore d'autres vers lui avec ceux qui sont déjà rassemblés.


14 juin 2014

Histoire du peuple juif (2)


Les Juifs d’Europe orientale 


Comme nous l’avons vu, après le partage de la Pologne à la fin du XVIIIe siècle, Catherine II crée dans l’ouest de l’Empire russe une « Zone de Résidence », où les Juifs sont cantonnés de 1791 à 1917, avec interdiction de vivre dans des communautés agricoles ou dans de grandes villes comme Kiev, Sébastopol ou Yalta ; ils sont forcés de s’installer dans de petites villes provinciales, où la vie est difficile et pénible en raison de la grande pauvreté. Point positif, cette concentration a permis de faciliter l’éducation des enfants – qui sont cependant soumis à de sévères quotas dans l’enseignement.

L’objet de l’étude (très simplifiée) que nous réalisons de l’histoire juive vise en fait à bien comprendre comment, à force de persécutions, on était arrivé à une énorme concentration des Juifs dans le centre et l’Est de l’Europe :
Les premiers pogroms russes

Dans la Russie tsariste, les Juifs ont donc interdiction d’acquérir des terres, d’intégrer la fonction publique ou d’atteindre un grade d’officier dans l’armée. L’immense majorité est donc cantonnée aux métiers traditionnels du commerce, des services, de l’artisanat et de l’industrie. Pour le petit peuple orthodoxe, le Juif est donc vu comme « l’Autre », qui ne travaille pas la terre mais se livre à l’usure et au commerce – ce qui est souvent assimilé à la « spéculation » ou à « l’accaparement », surtout en période de crise ou de pénurie. Plus fondamentalement, l’antijudaïsme populaire est nourri par la croyance que le peuple juif était « celui qui avait crucifié le Christ ». A intervalles réguliers, cet anti-judaïsme, habilement instrumentalisé par les autorités, remontait à la surface.

L’assassinat du tsar Alexandre II entraîna une première vague de manifestations anti-juives appelées « pogroms » (« attaque » ou « émeute » en russe), sur une période allant de 1881 à 1884.


Alors que sur le groupe de 15 assassins, 1 seul était juif, les Juifs sont rendus responsables de cet assassinat. La politique du gouvernement russe au sujet des Juifs tient dans ce programme : « Un tiers des Juifs sera converti, un tiers émigrera, un tiers périra ». Lors des événements de 1881, la centaine de pogroms était principalement limités à la Russie, mais les pogroms se poursuivirent de façon intensive jusqu’en 1884. La passivité, voire la complicité des forces de l’ordre permit aux instincts de la populace, avide de pillage, de se déchaîner tout particulièrement à l’occasion des grandes fêtes religieuses (pogroms de Pâques de 1882, 1883 et 1884). Si les atteintes aux biens furent considérables (des dizaines de milliers de magasins pillés), le nombre de victimes ne dépassa pas quelques centaines.
carte des progroms russes


Comme le souligne l’historien Léon Poliakov, il existait une grande différence entre l’antisémitisme qui sévissait en Europe occidentale et celui d’Europe orientale. Alors qu’il s’étayait surtout sur des bases de nature théologique en Allemagne, l’antisémitisme s’enracinait principalement en Pologne sur des questions sociales – la différence venant du nombre. Avant même les persécutions et les expulsions, le nombre de Juifs en Allemagne (et a fortiori en France, Espagne ou Italie) était relativement modeste (se comptant en milliers) ; les Juifs y jouaient le rôle de bouc émissaire sans être réellement en position de concurrence économique. En revanche, en Pologne, Ukraine, Russie occidentale, leur nombre était considérable (se comptant en centaine de milliers puis millions) ; leurs voisins s’estimaient ainsi parfois pénalisés par cette situation, ce qui pouvait décuplait la rancœur, et donc la haine future.

L’émigration et le retour des pogroms


Ces évènements constituent un tournant dans l’histoire des Juifs de Pologne et à travers le monde, car ces persécutions entraînèrent une très importante vague d’immigration juive aux États-Unis (principalement) et dans l’Europe de l’Ouest.

L’émigration a été renforcée par l’expulsion des Juifs de Moscou en 1890, par la deuxième vague de pogroms de 1903-1906. L’évènement déclencheur est le meurtre en avril 1903 d’un garçonnet – aussitôt transformé en « meurtre rituel » – près de Kichinev. Quelques jours plus tard, la foule, à l’occasion de la fête de Pâques, attaque, trois jours durant les Juifs, les forces de l’ordre restant passives.

 Les pogroms s’amplifient en 1904 et 1905, dans le sillage de la défaite russe dans la guerre russo-japonaise et la révolution avortée de 1905. Les pires d’entre eux se déroulèrent sur le territoire polonais où la majorité des Juifs russes vivaient, en particulier le pogrom de Bialystok en 1906 durant lequel plus de 100 Juifs furent massacrés et de nombreux autres blessés. Les deux seuls derniers mois de 1905, on recense 650 pogroms, 3 000 victimes, 15 000 blessés.


Pendant la Première Guerre mondiale, la Zone perd son emprise rigide sur la population juive quand une grande quantité de Juifs s’enfuient vers l’intérieur de la Russie pour échapper à l’invasion des troupes allemandes. 1,5 millions de Juifs ont été déplacés de force en 1915, parfois par convois ferroviaires dédiés, car ils étaient pour l’armée des espions ou des traîtres potentiels, puisqu’ils parlaient yiddish, une langue « proche de l’allemand ». Ces expulsions préventives furent prétextes à une troisième vague de pogroms, les pillages étant cette fois plutôt le fait de la troupe, qui acquit alors un sentiment d’impunité quand il s’agissait de « casser du juif ». Ils étaient attaqués dans des villages où plus aucune autorité n’était capable d’assurer l’ordre, au prétexte que, se livrant au commerce, ils spéculaient sur les pénuries. En réalité, l’occasion était trop belle de se livrer impunément aux pillages, viols et massacres.

La révolution bolchevique de février 1917 mit fin aux discriminations légales dont souffraient les Juifs. Le 20 mars 1917, la Zone est abolie – une grande partie de la Zone deviendra plus tard une part de la Pologne. Le gouvernement provisoire ouvrit aux juifs l’accès aux postes à responsabilité, et des milliers de Juifs apparurent donc sur le devant de la nouvelle scène politique. 
La guerre civile de 1918-1920 conduit à une troisième vague de pogroms et à des exactions militaires de grande ampleur.


Les années 1918-1921 des guerres civiles russes constituent la quatrième vague de pogroms de l’histoire de la Russie moderne, mais le contexte dans lequel ils ont été commis, leur ampleur sans précédent et leurs modalités les distinguent radicalement des précédents. Peu étudiés, ils constituent pourtant les plus grands massacres de Juifs avant le génocide ; plus de 2 000 bourgades et petites villes furent touchées en Ukraine, Biélorussie et Russie, faisant au moins 100 000 tués, 200 000 blessés, des dizaines de milliers de femmes violées, 300 000 orphelins, plus de 500 000 réfugiés – dans une communauté de 5 millions de personnes…


80 % des 2 000 pogroms de ces années ont concerné l’Ukraine occidentale et 15 % la Biélorussie. Assez rapidement se forme la « conjonction fatale » entre Juifs et bolchéviques ; pour l’opinion publique, seuls les Juifs ont tiré profit de la révolution, tous les autres n’en ont retiré que du malheur. L’intensité du sentiment « Le pouvoir soviétique, ça pourrait encore aller s’il n’y avait pas des youpins partout » est telle que la police politique soviétique propose de remplacer d’urgence en Ukraine tous les communistes juifs ayant des responsabilités par des communistes russes, à défaut d’Ukrainiens…

Les pogroms perpétrés par l’Armée blanche en 1919 constituent pour beaucoup d’historiens un phénomène radicalement nouveau, fondé sur un antisémitisme doctrinal exacerbé, devenu « le point focal d’une vision du monde », faisant par cet aspect du mouvement blanc un mouvement « proto-nazi ». Comme on le constate sur cette affiche de propagande de l’Armée blanche contre Trotski (« Paix et liberté en Russie soviétique »).


En effet, dans la guerre à mort contre le bolchévisme, la profonde méfiance vis-à-vis des juifs, déjà enseignée dans les académies militaires avant 1914 se transforma chez de nombreux officiers blancs en un antisémitisme d’autant plus virulent qu’il était appelé à expliquer l’inexplicable : comment la Russie en était arrivée là où elle était, déchirée, affaiblie, vaincue, en proie au chaos, livrée à « une bande d’athées assassins et de juifs ». Les prisonniers de guerre juifs étaient systématiquement exécutés par les Blancs ou les cosaques.


Les pogroms menés par les Russes blancs ont été les plus organisés, les plus efficaces, les plus motivés idéologiquement, menés comme des opérations militaires. Par exemple, à Fastov, du 23 au 25 septembre 1919, la brigade cosaque du colonel Belogortsev massacra 1 300 à 1 500 juifs sur une population de 10 000 habitants. Cependant, l’antisémitisme n’a jamais été une doctrine officielle du mouvement blanc ; ils devinrent une « habitude », un « réflexe », une « évidence » aussi limpide que l’égalité « juif=bolchévique ».

Ainsi, les commandants ukrainiens de l’Armée de la République populaire ukrainienne Nikifor Grigoriev ravagea par exemple Tcherkassy en 1919 (700 morts) et Nicolas Palienko Jitomir la même année. Celui-ci avait déclaré en arrivant que l’Ukraine était encerclée de tous côtés par des ennemis – les Juifs, les Polonais, les Russes, les bolcheviks, les Roumains, les représentants de l’Entente –, que le bolchevisme était « le fait des youpins », que « les youpins ne s’en tireraient pas indemnes », qu’il avait la mission de rétablir l’ordre à Jitomir, de punir la ville, et que cette punition serait terrible… En 1939, Palienko rejoignit l’OUN et fut nommé major du bataillon « Nachtigall » jusqu’en 1942. En 1943, il s’engagea dans la Division SS Galicie, sous la bannière de laquelle il mourut en 1944.


Soulignons aussi que les Juifs furent aussi victimes des Ukrainiens – à Proskourof, le commandant Semosenko donna l’ordre « d’exterminer les youpins, l’ennemi le plus perfide et le plus dangereux du peuple ukrainien » ; 1 500 Juifs y furent massacrés à l’arme blanche, soit 20 % de la population. Par groupes de 3 ou 4, les cosaques perquisitionnaient chaque maison, torturaient leurs victimes jusqu’à qu’elles leur donnent tous leurs biens précieux, puis tuaient tous les membres de la famille, contraignant certains à mettre le feu à leur maison et à périr dans les flammes – ce qui constituait donc une véritable « Aktion de type nazi ».

Ils furent aussi victimes des Polonais et même, dans une moindre mesure, de troupes de l’Armée Rouge – bref, tous les protagonistes se sont retournés vers eux.


Comme on le voit, un seuil qualitatif a été franchi, passant de pogroms limités commis en temps de paix par des voisins enhardis par la passivité des autorités, à des massacres massifs et systématiquement mis en œuvre par des unités armées, convaincues de la nécessité et de la légitimité d’exterminer, sur une base ethnique, des populations civiles considérées comme ennemies. C’est pourquoi ces pogroms constituent pour beaucoup d’historiens le « chaînon manquant » qui relie l’antijudaïsme « traditionnel » des pogroms à la Shoah. D’autant que les milieux antisémites russes blancs émigrés en Allemagne y ont été particulièrement influents ; citons notamment la forte influence qu’a eu l’officier Blanc Fedor Vinberg (qui a traduit en allemand Les Protocoles des sages de Sion) sur l’idéologue nazi Alfred Rosenberg. L’historien Richard Pipes estime pour sa part que « la rationalité de l’extermination des juifs par les nazis leur a été apportée par les milieux de droite russes avec leur théorie qui liait les juifs au communisme. »


Après la guerre, les pogroms ne cessèrent jamais vraiment. Ainsi, en Pologne, encore entre 1935 et 1937, 79 Juifs furent tués et 500 blessés dans des incidents anti-Juifs.


À son apogée, la Zone a atteint en 1914 une population juive supérieure à 5 millions, ce qui représente à cette époque la plus grande concentration de Juifs au monde, avec près de 50 % de la population juive mondiale. Et ce malgré l’émigration de 1,5 millions de Juifs entre 1861 et 1914.

Au final, à la fin des années 1920, près de 2 millions de Juifs ont quitté la zone de résidence pour les États-Unis ; en France, la population juive passe de 60 000 en 1882 à 120 000 en 1914. On considère que les pogroms sont un des facteurs déterminants de l’émergence du sionisme.

La Seconde guerre mondiale et la Shoah


En 1930, les 15 millions de juifs se répartissent principalement en : 4 millions aux États-Unis, 3 à 3,5 en Pologne, 2,6 en URSS et 850 000 en Roumanie.


On connait la suite durant la guerre…


En 1945, 90 % des 3,3 M de Juifs polonais ont été exterminés, et 32 % des 3,1 millions de Juifs russes.
Nombre de victimes et Taux de décès durant la Shoah (1)

La naissance d’Israël


Au lendemain de cette tragédie, l’État d’Israël voit le jour le 14 mai 1948.

Très vite, un flot d’immigration soutient sa croissance démographique.

L’immigration en provenance d’Europe (1945-1970)
Entre 1948 et 2012, il y a ainsi eu plus de 3 millions d’immigrés, dont 1,2 million en provenance de l’ex-URSS, 0,6 de l’Europe, 0,5 de l’Afrique, 0,5 de l’Asie et 0,2 des Amériques.
L’immigration en provenance des pays arabes (1948-1975
Quelques statistiques
En 2012, soixante-cinq ans après la fin de la guerre, les conséquences démographiques sont encore sensibles : quand la population mondiale a quadruplé, la population juive mondiale n’atteint pas le niveau qu’elle avait en 1940. Au lieu de 60 % de la population juive mondiale, 10 % seulement vivent en Europe (1,3 million) où la communauté la plus importante est celle de France.







Nous ferons le lien avec l’Ukraine dans le prochain billet

(1) note 
Consulter :

Les dispersions du peuple juif de l'antiquité à 1900 (1)



Ce billet de rappel historique vise à retracer synthétiquement la bien dramatique histoire du peuple Juif (remplie de persécutions et d’exils) jusqu’à la fin du XIX ème siècle…
Vous verrez bientôt le lien avec l’Ukraine…

L’Antiquité

Le Royaume de David (-1300 à -586)


Les tribus de retour d’Égypte  investissent progressivement le pays des Cananéens (13-11e siècle avt J.C).

3 souverains se succèdent selon la Bible : Saül (1030-1010), David (1010-970) qui prend Jérusalem pour capitale et Salomon (970-931) qui fait construire le premier temple (en -964).

Le premier temple de Jérusalem (-964 à -586)

En -931, un schisme se produit : Roboam, le fils de Salomon, refuse violemment une baisse des impôts. Les tribus du Nord font sécession, reconnaissent Jéroboam comme roi et gardent le nom de royaume d’Israël, centré sur Samarie. Roboam devient roi des tribus du Sud, constituant le royaume de Juda avec Jérusalem pour capitale ; ce royaume est beaucoup moins riche et moins peuplé que celui du Nord.


En -722, le royaume du Nord s’effondre : Samarie est détruite par le roi d’Assyrie, entrainant la déportation et la dilution des tribus. Beaucoup d’habitants se réfugient au sud dont la capitale Jérusalem connaît alors un développement important.


En -597, Nabuchodonosor II, souverain de Chaldée, lance une expédition punitive sur son protectorat du Royaume de Juda qui tentait de s’émanciper en se rapprochant de l’Égypte. Jérusalem se rend, et Nabuchodonosor déporte le jeune roi Joachin à Babylone, ainsi que toute l’élite de Jérusalem (noblesse et artisans, environ 10 000 personnes). Sédécias, le frère de Joachim, est installé sur le trône de Juda par le pouvoir babylonien, en raison de son caractère docile.

Cependant, après dix ans de règne, Sédécias décide de secouer le joug babylonien en concluant une nouvelle alliance avec le pharaon égyptien. Mais dès que Nabuchodonosor se met en campagne pour châtier les révoltés, ceux-ci se soumettent laissant seul Sedecias, le roi de Juda.

Après un siège de dix-huit mois, Nabuchodonosor prend la ville en -586. La cité est rasée et les trésors du Temple sont emportés à Babylone, avec une partie de la population. Une majorité du peuple juif, spécialement les plus riches, se trouve ainsi à Babylone. Le monothéisme juif s’y renforcera.

Alors l’Éternel fit monter contre eux le roi des Chaldéens, et tua par l’épée leurs jeunes gens dans la maison de leur sanctuaire; il n’épargna ni le jeune homme, ni la jeune fille, ni le vieillard, ni l’homme aux cheveux blancs, il livra tout entre ses mains. [...]  Ils brûlèrent la maison de Dieu, ils démolirent les murailles de Jérusalem, ils livrèrent au feu tous ses palais et détruisirent tous les objets précieux. Nabuchodonosor emmena captifs à Babylone ceux qui échappèrent à l’épée; et ils lui furent assujettis, à lui et à ses fils, jusqu’à la domination du royaume de Perse.” 2 Chroniques  36/17-21

En -539, Cyrus, roi de Perse, vainqueur des Chaldéens, autorise le retour des exilés.

L’empire romain (-586 à +70)


Le Second Temple de Jérusalem est reconstruit à Jérusalem en 516 av. J.-C sous Zorobabel.
Le deuxième temple de Jérusalem (-516 à +70)
Au IVème siècle, les Perses sont battus par Alexandre, qui conquiert la Palestine en -332. Elle est ensuite dominée aux III et IIème siècle par les Ptolémée ; des colonies juives s’installent dans les villes côtières de Méditerranée orientale et tout particulièrement à Alexandrie.
Ainsi, dans l’Antiquité, le judaïsme a connu 3 grands centres : la Judée et Babylone, puis, à la période hellénistique, Alexandrie.

Au cours du IIème siècle, des colonies juives s’implantent dans tous les centres majeurs de l’empire romain, y compris à Rome.

En -63, Pompée s’empare de Jérusalem. Ceci entraîne l’envoi en esclavage de nombreux prisonniers à Rome : c’est l’élément fondateur de la Première Diaspora (“dispersion”) en Occident.

 



L’extension du deuxième temple par Hérode
Hérode Ier le Grand procède à de gigantesques travaux d’aménagement, bâtissant « à la romaine » une immense esplanade: la colline d’origine est ceinturée d’un énorme mur de soutènement, la surface intérieure entièrement nivelée puis comblée avec du remblai. La construction commence en 19 av. J.-C. et dure environ 7 ans – 100 000 hommes furent employés.



Vers +30 , Philon d’Alexandrie avance le chiffre de 1 000 000 de Juifs habitant en Égypte, soit un huitième de la population.

En +66, des troubles éclatent en Judée, contre la tutelle de Rome. En 70, après plusieurs mois de siège, Titus prend Jérusalem. La ville est rasée, et son Temple est incendié ; les Juifs sont, en masse, vendus comme esclaves. La destruction du Second Temple marque la fin de l’État hébreu à l’époque ancienne, et transfère de facto l’autorité religieuse des grands-prêtres du Temple aux rabbins.


Ces troubles marquent ainsi le début de la grande dispersion des Juifs à travers le monde – la Deuxième Diaspora.

Les Juifs se révoltent à nouveau vainement sous Trajan (vers 110) puis pendant le règne d’Hadrien en 133, sous la direction de Bar Kokhba.

En 135, l’empereur Hadrien, venu à Jérusalem en 130, décide de créer une cité païenne sur le site. Les Juifs se révoltent et la répression est encore pire qu’en 66 : de nouvelles déportations de Juifs, réduits en esclavage, s’ajoutent aux massacres.

En 212, les Juifs, comme les autres groupes, deviennent citoyens de l’Empire

Le Moyen Age


La situation de la diaspora juive dans l’empire romain se détériore fortement lorsque le christianisme devient religion d’État (IVème siècle) – l’intolérance y étant grande. La situation n’est guère meilleure à Byzance sous Justinien (VIème siècle).


La domination musulmane améliore au contraire la condition des Juifs tant à Alexandrie qu’en Afrique du Nord ou en Espagne. Babylone – où a été composée la version la plus importante du Talmud – reste le grand centre des Académies juives jusqu’au milieu du IXème siècle.


L’Espagne, avec l’Académie de Cordoue (950), prend ensuite le relais, devenant alors le centre juif le plus prospère de la Méditerranée aux X-XIe siècles – citons aussi Tolède ou Grenade. La situation se dégrade sous les Almonades, vers 1150 ; le Portugal accueille alors les Juifs.


Aux XI-XIIe siècles dans un climat marqué par les croisades et la reconquête (Tolède est reprise en 1085) se développe un anti-judaïsme qui aboutit à des massacres en Europe occidentale. Le concile de Latran (1245) donne une base juridique à ce rejet et les Juifs sont désormais tenus de porter un signe distinctif (la rouelle, disque de couleur jaune ou rouge, symbolisant les 30 deniers de Judas).

En 1290, le roi d’Angleterre expulse ses Juifs et confisque leurs biens. Ils trouvent refuge en France du Nord et en Allemagne.

Entre 1132 et 1321, les Juifs du royaume de France sont expulsés et rappelés quatre fois… L’expulsion de 1394 est la dernière et reste en vigueur dans nombre de provinces de France jusqu’à la Révolution.


Il n’y avait pas de limitations professionnelles aux activités économiques des Juifs à Rome, à Byzance ou dans les pays musulmans. Mais celles-ci apparaissent dans l’Occident médiéval. Les Juifs ne pouvaient ainsi pas posséder de terres ni devenir membres d’une guilde de marchands ou d’artisans chrétiens. Un certain nombre, quand ils le pourront, se feront donc prêteurs.

Aux XIII-XIVe siècles, les Juifs souffrent également de persécutions dans le monde musulman, de l’Egypte à l’Espagne.


Les Sépharades
En 1492, les Juifs sont expulsés d’Espagne, au moment de la prise de Grenade, marquant la fin de la reconquête catholique de l’Espagne.


Une partie de cette communauté – dite Sépharade (issus d’Espagne, parlant le judéo-espagnol) – passe par le Portugal pour finalement aboutir en Europe du Nord (Pays-Bas), mais la plupart se réfugient dans les pays méditerranéens : Afrique du Nord (particulièrement au Maroc), Tunisie, Avignon, Italie (Rome), Egypte, Grèce (Salonique), Constantinople.

 Nombre d’entre eux sont bien accueillis dans un empire ottoman en expansion. Le XVIe siècle est un siècle particulièrement faste pour les Juifs de l’empire ottoman, obtenant d’emblée d’importantes situations dans la vie économique. Le déclin au XVIIe de la prospérité commerciale de l’empire ottoman entraine celle des Juifs.

Les Juifs sous les Ottomans et sous la domination musulmane en général sont exclus, comme les autres minorités religieuses, de certaines fonctions (comme celle des armes) et occupent un statut inférieur à celui des musulmans. Ils sont tenus de porter un turban jaune. Mais leur autonomie religieuse est respectée, et ils peuvent occuper de hautes fonctions.


La ville de Salonique devient une ville où les Juifs jouent un rôle considérable ; Au XVIIe siècle, les sépharades de Constantinople et Salonique sont un des jalons du commerce international entre la Méditerranée, Amsterdam et l’Orient.


Enfin, de nombreux Juifs expulsés gagnent également les Pays-Bas, où le statut des Juifs est relativement libéral en dépit de limitations économiques (interdiction du commerce de détail) et sociales. Le plus illustre des Juifs de Hollande est Spinoza (1632-1677). C’est depuis Amsterdam que de nombreux Juifs gagnent la Nouvelle-Amsterdam (1654) qui devient rapidement New-York.

A partir du XVIIe siècle, les Juifs d’Angleterre ne souffrent plus de restrictions dans leurs activités ni d’obligations particulières en matière de résidence ni de vêtement – ce qui développe la communauté anglaise.

Le grand évènement du XVIIIe siècle est la Révolution française qui accorde aux Juifs l’égalité politique et la citoyenneté pleine et entière (1791). Il faudra attendre près d’un siècle pour que l’égalité soit accordée dans la plupart des pays européens (Pays-Bas 1797, Royaume-Uni 1858, Autriche-Hongrie 1867, Italie 1870, Allemagne 1871, Suisse 1874…)

Les Ashkénazes

À partir du XIVe siècle, les Juifs de langue et d’origine germaniques, persécutés par les chrétiens d’Europe occidentale se déplacent vers l’Europe centrale : bohême, Moravie, Lituanie et Pologne – cette dernière étant au cœur du judaïsme ashkénaze. En effet, dès les années 1300, les Juifs jouissaient en Pologne d’une situation particulièrement favorable et de larges prérogatives. Au XVIIe siècle, c’est dans cette « grande Pologne » à son apogée, de Dantzig à l’Ouest de l’Ukraine actuelle, qu’ils bénéficiaient du meilleur statut au monde. La plupart venant d’Allemagne, le yiddish s’impose comme langue des Ashkénazes (Allemands).

Cependant, les massacres perpétrés par les Cosaques à partir de 1650 entrainent un reflux de l’Europe centrale vers l’Europe de l’Ouest, l’Angleterre et l’Amérique. Si le XVIIe siècle est en Europe celui des Sépharades, le XVIIIe siècle voit alors la montée des Ashkénazes, qui vont dominer le siècle suivant.




La situation est différente en Europe orientale. La Russie interdisait aux Juifs de pénétrer dans l’empire à l’est de Kiev. Mais avec le dépeçage et l’annexion d’une grande partie de la Pologne en 1795, la Russie hérite de la communauté juive la plus importante du monde à l’époque. La Russie cantonna obligatoirement les Juifs dans une « zone de résidence » allant de la Baltique à la Mer noire, comprenant la Pologne, les Lituanie, l’Ukraine, la Biélorussie et la Crimée.



Sous les tsars, et particulièrement sous Nicolas 1er après 1825, la situation des Juifs de Russie est très mauvaise. Ce tsar ordonne que les enfants juifs mâles soient soustraits à leur famille à l’âge de douze ans, et passent une période de formation jusqu’à dix-huit ans avant d’être envoyés au service militaire.

La situation s’améliore avec le tsar Alexandre II (1855-1881) qui supprime la conscription des enfants juifs à partir de douze ans, et ramène le service militaire, pour l’ensemble des sujets, de 25 ans à 6 ans.

Mais c’est alors que commencera la période noire des pogroms…


Épilogue


La population juive mondiale a fluctué ainsi :


Cette bien triste histoire du peuple juif aboutit ainsi en 1900 à une très forte concentration en Europe orientale – qui débouchera sur bien des malheurs…