17 septembre 2012

Avinou Malkénou, Notre Père notre Roi…




Le  17 septembre 2012, le peuple d'Israel fête Roch Hachana (la tête de l'année), c'est donc le premier jour de l'année 5773, du calendrier juif. Roch Achana est considéré comme l'anniversaire de l'humanité, la date anniversaire de la création d'Adam et Eve.  En ce jour,  Dieu est particulièrement célébré comme le Roi absolu de l'Univers. Durant 2 jours, 100 sonneries du Shoffar résonneront pour Couronner Dieu roi de l'Univers ;  le Shoffar (corne de bélier)  rappelle le souvenir des deux cornes du bélier qu'Abraham à sacrifié à la place d'Isaac.
L'une de ces cornes aurait  résonné lors du don de la loi à Moise 363 ans plus tard, et il est dit que la deuxième sonnera pour annoncer  la venue (le retour) du Messie.
Le chant ci - dessus est une prière qui est faite  durant le service, lors de Roch Hachana, pour demander à Dieu d'effacer nos péchés et remettre toute cette année entre les mains du Père .   "Avinou, Malkénou, Notre Père, notre Roi" est la prière des 10 jours,  de Roch haChana à Kippour .

Déborah 

 
אָבִינוּ מַלְכֵּנוּ
Avinou, Malkénou, Notre Père, notre Roi…
Pour comprendre pourquoi et comment nous appelons Dieu "Père", il nous faut d'abord distinguer entre les fonctions de créateur et de procréateurs. Partant de la connaissance que nous avons de nos Père et Mère, nous avancerons dans la connaissance de l'unique Source de Vie.
Il nous a faits בְּצַלְמֵנוּ     כִּדְמוּתֵנוּ     à Son image, comme Sa ressemblance dit la Tora.
Voltaire ajoute "et nous le lui avons bien rendu". Nos représentations anthropomorphiques nous sont utiles, mais nous ne devons pas nous laisser prendre à leurs pièges.
La Tora accepte ce risque : elle use aussi d'images et "parle le langage des hommes"[2], de "son bras étendu", de "sa main", du "doigt de Dieu", que "ses pieds se poseront…"etc.
Michel-Ange dans sa fresque du plafond de la Chapelle Sixtine (1512) illustre une conception hautement problématique de "Notre Père" : la créature d’un côté, le créateur de l’autre.
 L'artiste est immense, mais sa théologie digne du paganisme gréco-latin. Elle réduit notre Père céleste, notre Créateur, à un procréateur masculin.
N'oublions jamais que le mot français "Dieu" vient du "Zeus" grec et que dans le nom "Jupiter" se trouve la trace de "Pater".
C'est pourquoi notre méditation doit se poursuivre sur un chemin hébreu en tenant compte de ce que :
·       rien n'existe en dehors de Dieu, puisque Il est partout, à l’infini,
·       donc que l'univers n'a pu sortir hors de Lui ;
·       que d'autre part Dieu crée des êtres libres de choisir entre le bien et le mal,
·       donc Il renonce provisoirement à Son Règne absolu
·       et Il est distinct de l'univers qu'Il a créé.
La seule image qui vient à Rabbi Yits’haq Louria (1534-1572), c'est que le Créateur, qui n'a pas fait sortir l'univers de Lui-Même vers un dehors qui n’existe pas, s'est retiré un peu en Lui-Même, par une contraction[3]. Et c'est dans ce creux ménagé en Lui qu’Il a créé le monde.
Dieu est Amour. Les êtres qu'Il crée sont semblables à Lui, en ce qu'ils sont capables d'aimer. Comme on ne force pas l’amour, alors Il nous laisse libres de choisir entre le bon et le mauvais penchant. Il va jusqu'à renoncer –provisoirement- à régner en tout lieu. De là découle la terrifiante existence du mal, contrepartie de ce qu'est l'Amour vrai.
 
Ce creux aménagé par Dieu en Son sein est l'image de la liberté humaine. C’est là que se trouve le monde, c’est du milieu de Lui-Même que Dieu a "disparu". D'ailleurs, le motעולם  (‘ôlam), traduit par "monde" et "éternité" l'indique bien par sa racine qui veut dire "disparaître, se cacher".
En principe[4], ici et durant le temps de la patience de Dieu et de la gestation de l’humanité nouvelle, Sa volonté est suspendue et Il laisse chacun(e) faire ce qu'il veut.Ce n’est pas une théorie philosophique, voyons-en les conséquences très pratiques:
Que vous évoque l’image du monde placé dans une sorte de poche qu’a ménagée le Dieu infini à l’intérieur de lui-même ? … l'image inverse de celle de Michel Ange. Un anthropomorphisme de plus, direz-vous… Bien sûr,mais s'il "parle" mieux ?...
Le Créateur est comme une mère qui fait de la place en elle-même pour y installer un autre être, à qui elle donne la vie ; c’est pour cela qu'André Chouraqui traduit littéralement [רַחֲמִים[5] (ra’hamim’) par "matrices" alors que les autres écrivent "compassion" ou "miséricorde".
Si vous voulez savoir où en est la grossesse, regardez du côté d'IsraEl. La gestation approche du terme, nous en sommes aux douleurs. Mais comme le dit le Rav Kook, ce ne sont pas celles de l’agonie, ce sont celles de l’accouchement, pour un reste d'humanité que l'Eternel se prépare. Il commence dans Son peuple et par Son Pays[6]. Enfin va apparaître l’humanité conforme à l’image divine, et on verra ce qu’était l’embryon :
·       A-t-il choisi l’amour ? Il gardera ainsi sa place au sein de la famille de Dieu, comme fils ou fille de Dieu,
·       A-t-il préféré son ego ? Il n’aura rien fait pour naître viable. Il sera mort-né.
Ceci, c’est pour le point de vue éthique
L’autre aspect de l’image de Rabbi Louria est sécuritaire. Nous sommes en Lui, sous contrôle. Quoi qu’il arrive, si je vis de la vie divine, aucun mal n’est irrémédiable. Même si je subis des épreuves, même si mon enveloppe est détruite, le souffle de vie divine qui est en moi ne peut être anéanti. Dieu me rendra la vie, et cette fois je ne subirai plus d’atteinte.
C’est dans ce sens que nous vivons dans une totale sûreté, oui ici en IsraEl, dans les années actuelles où nous sommes submergés par des flots de haine. Oui, Il contrôle tout et c’est même Lui qui organise une sorte de piège… dont nous sommes l'appât :
« Je ferai de Yérouchalaïm une coupe donnant le vertige à tous les peuples d’alentour… une pierre lourde à soulever pour toutes les nations…" (Zach12).
« En ces jours-là et en ce temps-là où Je rétablirai les captifs de Yéhouda et de Yérouchalaïm, Je rassemblerai toutes les nations, et Je les ferai descendre dans la vallée de Yéhochaphath (l’Eternel juge), et là J’entrerai en jugement avec elles au sujet de Mon peuple et de Mon héritage, IsraEl, qu’elles ont dispersé parmi les nations ; et elles ont partagé Mon pays…" (Joël 4 : 1-2 ou 3 : 6-8)
 
"Lorsque j’erre, Toi ! Lorsque je médite, Toi !
Seulement Toi, encore Toi, toujours Toi !
Toi ! Toi ! Toi !
Lorsque je me réjouis, lorsque je m’attriste, Toi !
Seulement Toi, encore Toi, toujours Toi !
Toi ! Toi ! Toi !
Tu es le Ciel ! Tu es la Terre !
Toi dessus ! Toi dessous !
Dans chaque direction, à chaque issue !
Seulement Toi, encore Toi, toujours Toi !
Toi ! Toi ! Toi !"
Rabbi Lévi Yits’haq de Berditchev
La Tora va très loin pour établir notre certitude et notre sécurité : si nous vivons de la vie de Dieu (dans Son amour, et que notre comportement le reflète), alors nous sommes une part de Lui.
Cela vous choque ? Etes-vous choqué quand j’appelle ma femme "ma moitié" ?
Le Rav Dufour[7] relève dans le dernier chant de Moïse (Deut 32 : 9)חֵלֶק יהוה עַמּו (‘hélèq HaChèm ‘âmmo), littéralement : "une part de l’Éternel est son peuple". Le premier niveau de traduction est valable : "la part de l’Éternel est son peuple". Cela est traduit en ce qu'Il s'est réservé IsraEl comme "une part pour lui et pas pour les autres".
Mais la grammaire nous invite à aller plus profond. Comme חֵלֶק   (‘héléq = part) n’est pas précédé de l’article défini, on peut traduire "une part" au lieu de "la part". Nous sommes une part de Lui.
Donc nous écrivons "IsraEl", avec la majuscule de El (Dieu en hébreu) au milieu de notre nom, pour préciser que sans El, Isra… rien.
HaChèm dit au verset suivant (Deut. 32 : 10) qu’Il nous garde "comme la prunelle de Son œil" et "celui qui vous touche, touche la prunelle de son œil." (Zacharie 3 : 8).
Isaïe (26 : 19) confirme à un point inouï l’union de Dieu avec ceux qu’Il aime/ceux qui L’aiment :
"Ils vivront tes morts, נְבֵלָתִי (névélati) mon cadavre, ils se lèveront, éveillez-vous et chantez de joie, vous qui résidez dans la poussière, car rosée de lumières est ta rosée, et la terre jettera dehors les trépassés".
Les morts d'IsraEl sont… "le cadavre de Dieu". Et bien que nous soyons menacés d'extermination nucléaire, dans la passivité générale, nous seuls détenons la certitude de survie (pas comme d'autres peuples et pays que vous connaissez).
Le prophète Osée (13 :14) en atteste :
"De la main du chéol Je les rachèterai, de la mort Je les délivrerai, où est ta peste, mort, où est ton fléau, chéol…"
Conclusion : il est temps que tout être humain connaisse l’intelligence, la puissance et l’amour du Créateur. Nous les constatons dans la nature vierge, là où la rébellion du mal n’a pas opéré de destructions. Le projet divin initial se réalisera :
"Si je mène une femme jusqu'au terme de sa grossesse, demande l’Éternel, vais-je empêcher l'enfant de naître ? Si c'est moi qui prépare une naissance, dit ton D.ieu, ce n'est pas pour la rendre impossible !" (Isaïe 66 : 9)
Et pourtant, malgré cette allusion supplémentaire ici, nous n'appelons pas "notre Mère qui es aux cieux". Pourquoi ?
Si IsraEl préfère l'appellation de Père à l'appellation de Mère, ce n'est pas parce que nous en sommes encore au modèle patriarcal machiste oppresseur des femmes.
C'est plutôt parce que la relation d'un père à son enfant tient à un lien de parole, à un pacte qui est fait entre un homme, qui est la plupart du temps le géniteur, et son enfant.

Car que le père soit le géniteur biologique ou non, il y a toujours dans la paternité quelque chose de l'adoption. En effet, on est toujours sûr de qui est mère, car c'est observable au moment de l'accouchement, mais on n'est pas universellement certain de qui est le père. Devient père l'homme qui est désigné comme tel par notre mère. C'est donc une question de confiance, une question de parole donnée.
Notre relation avec Dieu n'est pas quelque chose dont nous avons hérité par nos gênes, par notre sang ou par notre naissance, ni même par l'éducation que nous aurions reçue.
Dieu n'est ton Père que si tu l'appelles par ce nom, si tu le reconnais comme tel. Es-tu prêt à entrer en dialogue dans une relation de confiance ? Adresse-toi à Lui et nomme-le "Notre Père". C'est alors que ta façon de Le considérer va changer.
Voyons plutôt tout ce à quoi nous sommes appelés dans le fait d'avoir un Dieu avec qui nous ne sommes pas "naturellement" reliés, dès la naissance, par on ne sait quel cordon ombilical spirituel.

Nous avons à entrer en contact, nous avons à tisser ensemble une trame, une histoire commune, nous avons à recevoir tendresse et protection en même temps.
Nous avons aussi à montrer du respect envers celui qui garde autorité sur nos existences, nous sommes appelés à la reconnaissance pour celui qui pourvoit à nos besoins alors que nous ne sommes pas capables de vraiment vivre par nous-mêmes, étant spirituellement des nourrissons ou au mieux de jeunes enfants, qui ne peuvent se suffire à eux-mêmes.

Elle est belle cette image du Dieu père pour qui veut bien l'entendre. Je ne sais pas si vous réalisez la chance qui est la nôtre, de pouvoir nommer Dieu "notre Père". C'est une chance que peu de croyants ont sur cette terre, en particulier les mahométans. C'est une chance car nous ne sommes plus limités aux seules filiations humaines et terrestres qui sont parfois douloureuses et pesantes, empreintes de culpabilités et de regrets. Nous sommes fils et filles de D.ieu et accédons au bonheur légitime de ceux qui savourent l'héritage de la joie divine, qui nous est déjà offerte.

Bien sûr, cette image paternelle peut être difficile à supporter si votre père n'a pas été vraiment à la hauteur de ce qu'on pourrait attendre de la part d'un père. Mais que l'utilisation de ce terme pour nommer notre Dieu ne vous sclérose pas, et qu'au contraire vous puissiez restaurer en vous-même cette image de père qui a peut-être été abîmée par votre histoire personnelle.

En vous laissant adopter dans la confiance et la foi, en reconnaissant que votre père est d'abord celui qui a pris soin de vous, appréciez l'affection que vous n'avez pas pu recevoir jusqu'alors. En prononçant ce nom de père à l'attention de Dieu, mesurez le bonheur qui consiste à être riche d'autant de frères et de soeurs, à être les membres de la plus grande famille qui existe, et donc au bénéfice d'une solidarité fraternelle tout à fait exceptionnelle.

L'humanité est destinée par notre Dieu à vivre comme dans une famille, et ce projet a été renouvelé dans l'ancienne alliance, celle de Noé.
L'Eternel, Dieu d'ordre, a appelé IsraEl "mon fils premier né"[8], du milieu de tous ses frères humains. Ce n'est pas du chouchoutage, cela a valu à IsraEl depuis Pharaon une cascade de souffrances et de jalousies mal placées, à chaque génération...

Michel et Ola  
http://www.elisrael.org/

 
[2] Talmud, Zereâïm 31b
[3] Cette contraction est appelée en hébreu צמצום   (tsimsoum).
[4]   En principe… sauf lorsqu'Il opère un miracle.
[5] Dans Genèse 43 : 14 traduit par "Que le D.ieu Tout-Puissant vous fasse trouver compassion", il est écrit :
וְאֵל   שַׁדַּי   יִתֵּן   לָכֶם   רַחֲמִים
Dans le même verset, vous avez רַחֲמִים   (ra'hamim) = matrices (compassion) et אל שדי  , El Chaddaï. "El" veut dire "D.ieu" et "Chaddaï" = "mes seins". Cela ne vous donne pas envie de lire la Bible en Version Originale ?
[6] "Mon Pays" dit D.ieu à propos d'IsraEl, dans Isaïe 14 : 25, Jérémie 2 : 7 et 16 : 18, Ezéchiel 36 : 5, 38 : 16, Joël 1 : 6 et 4 : 2.
[7] Sur modia.org, voir aussi l’enseignement du Rav « Chla » Horowitz (1570-1630), dans notre Apprends-nous à compter nos jours n°1 p. 37-38.
[8] Exode 4 : 22